Le bon plan canicule serait de s’installer dans le hamac, à l’ombre du jardin-forêt, de se laisser bercer par les murmures des feuillages, de tendre à peine le bras pour atteindre les framboises, tout en se laissant humecter à intervalles réguliers par le tourniquet d’un arroseur automatique. Oui mais voilà : le hamac me colle aux fesses, il y a deux mouches et un bataillon de fourmis qui me chatouillent les jambes, Georges klaxonne toutes les 10 minutes, et il n’y a ni brise légère ni vaporisateur pour me rafraîchir durablement. Quant aux framboises, la plupart ont fini par se racrapoter tel un poivron sur le barbecue. Alors au diable le hamac : passé 18h, il faut s’activer !
Les abords de la maison et les allées des potagers évoquent un terrain d’exercices pour apprentis pompiers -en moins bien organisé. Il y a des tuyaux dans tous les sens : des jaunes, des gris, des verts, des sous-pressions et des pas sous-pressions, des « à l’eau de pluie » et d’autres « à l’eau du réseau », des dérivations, des régulateurs de pression, des gouttes à gouttes, des pistolets et d’autres accessoires susceptibles de bien m’amocher les orteils si je ne lève pas les pieds. Je peine à m’y retrouver, sauf quand il y a une fuite qui me fait courir à l’avant-poste pour couper tous les circuits, obéissant ainsi aux recommandations de mon beau capitaine. En temps normal, je préfère la simplicité de l’arrosoir, mais une sciatique persistante, l’ampleur des distances à parcourir et la quantité de plantes à abreuver m’obligent à plus d’efficacité. Christian m’a donc installé des douchettes au bout de chaque tuyau d’arrosage, dont j’use et j’abuse pour me rafraîchir au passage. Combinés aux tuyaux goutte à goutte, aux oyats et au mulch qui recouvre le sol au pied des arbres et des légumes, la méthode permet de sauver les meubles ou tout au moins, de limiter la casse.
Ceci fait, je poursuis sur ma lancée, petit panier à la main, direction les cassis. Ceux-là vont plutôt bien, de même que les raisinets (ou groseilles rouges, blanches et roses), les groseilles à maquereaux et les caseilles (ou josta). A vrai dire, on croule sous les petits fruits et on ne va pas tout cueillir. Inutile d’empiler des boites qu’on risque d’oublier des années au fond du congélateur. Alors je les sèche, cuit ou transforme au plus vite. Le séchoir solaire est au chômage technique car pour une fois, les fruits sèchent très vite, voire brûlent dans le courant d’air ultra chaud. Par chance, j’ai fait l’acquisition il y a deux ans d’un séchoir électrique à 9 grilles, qui me permet de faire des cuirs de cassis (voir encadré) ou de tout autre fruit doté de pulpe savoureuse et vitaminée ( lire aussi Cuir de coings et rubans rouges). On les emportera pour le goûter des randonnées estivales ou ils feront merveille découpés en fines lanières fines lanières dans les salades et les céréales du matin.
21h20. Mon panier est presque plein. Je dégouline derechef. Le cassissier s’est allégé tandis que mon cerveau en ébullition concevait ce billet en brassant phrases et idées en tous sens. Lundi c’est paraît-il la fin de la canicule. Ouf, il était plus que temps que je vous envoie cette bafouille.
Cuir de cassis, comment procéder?
- Mixez les fruits à froid avec leurs graines, ou séparer la pulpe des graines à l’aide d’un extracteur de jus (type Vitaléo). Pensez à sécher graines et peaux pour les tisanes (le cassis a de multiples vertus médicinales)
- Laissez reposer la pulpe une nuit au frigo pour qu’elle se fige un peu.
- Mélangez la pulpe avec 10 % de purée d’amandes et 0 à 10 % de sucre (selon les goûts) jusqu’à obtenir une texture plus ou moins homogène
- Etalez sur une feuille de papier sulfurisé en épaisseur d’environ 3 mm, posez sur la grille du four ou du dessicateur, puis chauffez à 45°C pendant 6 à 7 h.
- Au toucher, le « cuir » de cassis doit être sec mais encore souple. Je laisse en général le cuir sur le papier mais le découpe pour confectionne de petits rouleaux d’une dizaine de cm de large.
- Conservez les cuirs dans des bocaux hermétiques aux mites et autres petites bêtes gourmandes. Ils se conserveront sans problèmes plusieurs mois.
Un recueil indispensable
S’il y a un livre que je consulte très souvent ces jours -ci, c’est ce petit recueil de recettes simples mais originales, ni trop cuites ni trop sucrées, proposées par Marie Chiocca et Delphine Paslin. Les auteures nous livrent leurs astuces pour conserver et valoriser en beauté et saveur les fruits et petits fruits du jardin.
Mes confitures, compotes, fruits séchés, sirops – Plus de fruits, moins de sucre! par Marie Chiocca et Delphine Paslin, 14 € – 130 pages- A commander directement chez Terre vivante ou dans une bonne librairie suisse
