Dans ma série de florilèges, j’ai envie de mettre cette fois le cap sur les mares, tant elles ont été source de ralliement au plus fort de la canicule. Plus que jamais indispensables à la vie et la survie de la petite faune du jardin. Dès l’aube, nous assistions à un défilé de baigneurs, merles, mésanges, fauvettes, pics ou bruants, vifs comme une bande de gamins qui s’éclaboussent et sautillent dans une flaque, mais alertes au moindre mouvement suspect. Celui de mes pas souvent, qui descendaient du cabanon et s’engageaient sur le pont de la grande mare. Là, je glissais mes orteils dans l’eau, en quête de fraîcheur, et m’offrait une petite séance de contemplation avant d’affronter la fournaise.

Son niveau a bien baissé, mais la grande mare a tenu bon. Grâce au noyer et au prunier qui lui font de l’ombre, et grâce à ses 130 cm de profondeur, qui ont garanti un volume minimal. Nos trois autres mares ont davantage souffert. Il a fallu les renflouer, avec de l’eau potable du réseau hélas, mais quand on aime on ne compte pas : on agit sans hésiter pour sauver les plantes, limnées, larves de libellules et mille autres menues bestioles menacées de brûlure ou d’asphyxie.

La pluie est tombée depuis. Revigorante et salvatrice. Les mares ont clapoté de bonheur, les plantes et les jardiniers aussi. A large coups de pinceaux, la chlorophylle a repeint en vert le jardin et distillé son énergie dans la tuyauterie végétale. Avec le même enthousiasme, j’ai suivi le mouvement et enfin semé mes légumes d’hiver. Le diable peut remiser sa fourche, l’enfer n’est pas pour demain.

Sur ce, je vous laisse en compagnie d’Antoine, grand défenseur des mares, et d’un joli florilège de plantes aquatiques …

Petite utriculaire (Utricularia minor)

Penchées au dessus de l’eau, les fleurs de l’utriculaire sont discrètes, délicates et totalement inoffensives. En dessous par contre se dévoile la sombre réalité de cette plante carnivore :  un épais matelas de feuilles plus ou moins flottantes, généralement sans racines, et couvertes de centaines de petites vésicules translucides. Ce sont de véritables pièges conçus pour aspirer les daphnies et les cyclopes (du zooplancton) qui les effleurent. La plante prélève ainsi directement dans l’eau de précieux éléments nutritifs et peut se permettre de larguer les amarres.

– Plante indigène-

 

Menthe aquatique (Mentha aquatica)

Si les menthes terrestres sont réputées conquérantes, leur cousine aquatique est tout à fait digne de cette filiation. Une petit bout de rhizome coincé entre deux cailloux les pieds dans l’eau, et c’est parti mon kiki ! Quelques mois plus tard, un gros massif de menthe s’étire le long des berges, attire les insectes loin à la ronde et embaume l’atmosphère. De quoi distribuer sans compter aux ami-e-s de passage des rhizomes et des feuilles pour leurs mares et leurs tisanes.

-Plante indigène-

Véronique beccabunga (Veronica beccabounga)

C’est une des premières plantes que j’ai identifiées quand j’avais 12 ans et je l’ai aimée d’emblée. Peut-être à cause de son nom, qui rebondit dans les airs et vous emporte dans la lointaine Afrique. Cette véronique est pourtant bien de chez nous et est même plutôt fréquente au bord des lacs et des ruisseaux. Dans la mare, elle s’étend de façon exponentielle en ancrant ses tiges partout là où elle peut. Ses jeunes feuilles peuvent être mangées en salade, mais il faut bien les laver auparavant, si on ne veut pas goûter dans la bouchée des pontes de limnées ou de minuscules crustacés.

– Plante indigène-

Myriophylle verticillé (Myriophyllum verticillatum)

Les tiges submergées de cette plante aquatique peuvent atteindre 3 mètres de long, c’est dire qu’elle peut facilement s’ancrer en eau profonde et flotter paresseusement. En été, la plante se dresse hors de l’eau et sa forme évoque de petits sapins, car les feuilles sont verticillées par 5 autour de chaque tige. Des petites fleurs jaunâtres, très discrètes apparaissent alors à l’aisselle des feuilles: elles seront pollinisées je suppose par de petits insectes ailés.

– Plante indigène-

Salicaire

J’en ai déjà parlé dans mon Florilège médicinal, mais je persiste et signe. La salicaire est une de mes plantes fétiches car bien qu’elle soit typique des bords de mares, elle s’adapte à tout, même à la sécheresse. Elle fleurit longtemps, récidive si on la coupe, et en hiver, offre quantité de petites graines aux mésanges qui les inspectent.

– Plante indigène-

 

Lymnanthème jaune (Nymphoides peltata)

Je préfère l’appeller petit nymphéa, au risque de m’attirer les foudres des taxonomistes, mais peu m’importe, cette jolie plante est d’une poésie qui mérite quelques écarts. Infoflora nous indique sans plus de précision qu’elle est d’origine eurasiatique et qu’elle a été introduite et naturalisée de ci de là dans les milieux naturels. Quoi qu’il en soit, ces petites feuilles ressemblent à celles d’un nénuphar, mais en taille XXS, ce qui en fait une plante parfaite pour les étangs de petite taille.

– Plante naturalisée-

 

Plantain d'eau (Achillea millefolium)

J’ai toujours aimé cette grande plante déguingandée, qui n’a rien avoir avec le plantain, hormis par la forme de ses feuilles. Sa légèreté me touche, sa beauté m’émeut. Elle pousse toujours les pieds dans l’eau et une fois bien installée, dresse de larges inflorescences aériennes, piquetées de pétales rose pâle. 

– Plante indigène-

 

Poivre de Chine (Houtthuynia cordata)

Cette plante aromatique d’origine asiatique est très utilisée dans la cuisine vietnamienne, mais honnêtement, j’avoue ne pas trop savoir où et comment utiliser son étrange parfum. Je l’ai ramenée en 2019 du domaine de Martin Crawford, pionnier anglais du jardin-forêt, où elle tapissait les berges des mares. Comme elle est réputée envahissante, je l’ai cantonnée dans un grand pot, en eau peu profonde. Elle y reste très sage et se couvre chaque été de fleurs d’apparence blanche. En réalité ce sont des bractées blanches qui entourent de petits épis de fleurs jaunes.

– Plante indigène-