Mon cours de greffage, c’était ce week-end. Et j’ai été gâtée: samedi, j’ai suivi les explications de l’arboriculteur Boris Bachofen, lors du cours proposé par Rétropomme au verger conservatoire de Pierre-à-Bot (NE). Et j’ai poursuivi le dimanche avec mon fils Gaël, apprenti horticulteur.

A Neuchâtel, l’organisation était parfaite. Théorie le matin, pratique l’après-midi avec distribution de couteaux ad-hoc et mise à disposition d’un bel assortiment de greffons de variétés anciennes, à noyau ou à pépins, ainsi que de porte-greffes adaptés à l’espèce et à la vigueur souhaitées. Sous la tente à l’abri des intempéries, nous étions une bonne quarantaine de novices encadrés par des vieux loups de la greffe, auxquels je tire mon chapeau pour leur gentillesse et leur patience inébranlable. En démonstration, greffer paraît simple et logique: on coupe d’un côté, on taille de l’autre, on ajuste les cambium du greffon et du porte-greffe et on ligature le tout pour une fusion parfaite et prometteuse. Mais quand il faut se lancer, c’est une autre histoire.

Déjà il faut choisir la technique: en fente (vidéo ci dessous), en coin ou à l’anglaise, selon sa témérité ou le diamètre des rameaux. On commence par s’exercer sur des mariages bidons pour ne pas gâcher la marchandise. Ce sont les premières sueurs froides. La main tremble, l’œil louche sur les gestes du voisin, on n’est plus sûr de rien. Il faut tailler à quelle distance du bourgeon? Sur le côté ou en dessous? Quelle profondeur la fente? On laisse combien de bourgeons? C’est comment déjà l’anglaise améliorée? Rien qu’apprendre à tenir le greffoir, à le pousser ou à tirer au bon endroit pour que le biseau soit bien plat, est une sacrée prise de tête car l’outil est bien aiguisé: plus on hésite, plus on risque de se blesser. Et ça n’a pas loupé: j’ai eu droit au sparadrap. Au bout d’un joli tas de coupes en banane ou en escalier, j’ai fini par faire des biseaux acceptables pour des formateurs indulgents. Alors j’ai sorti les greffons de prune « étrangle-cou » et de cerise « cœur-de-pigeon » commandés en février (lire billet du 4 février) et j’ai essayé de respirer calmement. Le résultat n’était pas folichon mais Boris résolument optimiste: «Pas de souci, ça devrait prendre! Il ne reste plus qu’à tremper les tiges dans la cire pour protéger les cicatrices».

Le dimanche matin, j’ai tiré mon ado du lit pour continuer les exercices. Mais devant ses gestes précis et rapides, j’ai préféré lui déléguer le travail et jouer les assistantes. Tout compte fait, tendre le raphia, badigeonner la greffe de cire, préparer les étiquettes et planter en pépinière, ça fait aussi partie du jeu, mais c’est beaucoup moins dangereux.

https://www.youtube.com/watch?v=oI4UhCIxDsc&feature=emb_title