En 2019, je vous ai déjà parlé de mon caca, précieuse offrande à la Terre. Et bien je persiste et signe ! Ce d’autant plus que sur le front du phosphore, ça ne va pas fort. Explications.

La plante a besoin de phosphore. Elle en a absolument besoin pour faire sa photosynthèse et grandir, tout comme les animaux en ont besoin pour leurs os et leurs cycles vitaux. Elle puise cet élément minéral issu de l’érosion de la roche mère dans le sol, sous forme de phosphate, notamment par le truchement des vers de terre qui le mettent en circulation. A chaque repas, nous consommons du phosphore dont une part se retrouve dans nos selles et nos urines, plonge dans l’eau potable puis rejoint la STEP quand on tire la chasse. Or ce phosphore est présent en faible quantité dans le sol et n’est pas renouvelable. A l’échelle agronomique : bienvenue aux engrais phosphatés industriels pour doper nos cultures.

Oui mais voilà : les phosphates utilisés par l’agrochimie proviennent de mines très polluantes situées au Moyen-Orient (surtout au Maroc), sont très coûteux en énergie grise et leurs réserves sont sérieusement en train de s’épuiser. Bref, une pénurie se profile alors que nous avons tout ce qu’il faut sous nos lunettes. Et non seulement du phosphore (P), mais aussi du potassium (K) et de l’azote (N), les deux autres piliers de tout bon engrais NPK. La bonne nouvelle c’est que les scientifiques ont pris conscience du gâchis et que les recherches se multiplient pour valoriser nos déjections. Depuis 2015 déjà, une start-up zurichoise recycle l’urine et la met en bouteilles. Baptisé Aurin, cet engrais liquide rapidement assimilable par les plantes a été homologué par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et est aujourd’hui commercialisé au profit de tous les végétaux, légumes compris.

Mais revenons à nos étrons et à nos humbles toilettes sèches.  Nous avons donc franchi le pas il y a 9 ans, avec pour résultat une réduction drastique de notre facture d’eau annuelle et chaque printemps quelques brouettes de «fumain»  (contraction de fumier humain) à épandre au jardin. Récemment, nous avons toutefois amélioré le confort de l’installation. Le système de collecte est toujours basique, un simple seau sans séparation des urines, mais la lunette trône désormais dans une alcôve en bois, sous le regard curieux de Georges, notre paon préféré. Son couvercle est en chêne tourné et un ingénieux système de contenant à bascule, réalisé par Gaël, permet d’alimenter le cabinet depuis l’extérieur en fibres diverses, ce qui fait gagner de la place. Du foin coupé au hache-paille apporte au lieu une note champêtre et fait le bonheur des vers de fumier, qui l’apprécient davantage que les copeaux ou la sciure. Autres innovations ? Les mauvaises odeurs sont évacuées rapidement vers l’extérieur via une ancienne gouttière désaffectée. Et au mur, quelques ardoises et un crayon blanc invitent le philosophe à se délester d’une pensée.

Pour ce qui est de l’évacuation de la matière, c’est toujours l’un de nous qui s’y colle dès que le seau est plein. On le vide au fond du jardin, dans un des deux caissons destinés à cet usage exclusif : l’un est alimenté régulièrement pendant que l’autre se composte lentement. C’est celui-là qu’on a vidé l’autre jour. Après une année de maturation, son volume s’est réduit de deux tiers. Bien composté, le fumain n’a absolument rien de dégoûtant ! Il est au contraire plutôt agréable au nez et au toucher. Je le répands principalement au pied des petits fruits, des framboises et des jeunes arbres fruitiers, puis je le recouvre d’une bonne couche de broyat de branches issues de  la taille des haies.

Comme il n’y a pas assez de fumain pour le potager, j’ai aussi pris l’habitude à la belle saison d’uriner directement dehors, dans un seau métallique, tandis que les mâles de la famille urinent sur le compost. Avec une production moyenne d’un litre d’urine par jour, diluée aussitôt à 10 %, cela me donne de quoi arroser régulièrement et en alternance les pieds des poireaux, courges, tomates et autres légumes gourmands. Le verger et le potager nous nourrissent, nous leur rendons avec reconnaissance tout ce qu’ils nous ont apporté.

Cqfd, la boucle est bouclée.

Post-scriptum: Lire sur le même sujet mon billet du 8 avril 2019